
Le « classique », universel, les diverses contraintes administratives, légales, sanitaires, qui encadrent les activités humaines pour assurer la sécurité des utilisateurs, consommateurs, voisins, etc. Ces contraintes sont souvent considérées en Suisse comme pesantes, compliquées, lourdes... En même temps, elles reflètent les préoccupations de notre société, ses contradictions également (par exemple téléphoner ou surfer le net depuis partout mais sans subir les nuisances des antennes de téléphonie mobile) et elles sont souvent « intégrables » dans la dynamique de la création de l’entreprise.
L’autre obstacle, bien plus pernicieux, jamais évoqué par les tenants du « moins d’Etat », qui cherchent surtout à affaiblir la portée et le contrôle des contraintes légales, est celui des moyens financiers dont il faut pouvoir disposer pour d’une part créer l’entreprise, financer les premiers investissements et d’autre part payer les charges inhérentes à l’activité.
Les banques sont soumises - ici, en Suisse - à des contraintes de garanties financières qui empêchent souvent la création d’entreprise lorsqu’on ne bénéficie pas de soutiens financiers initiaux importants (on ne prête toujours qu’aux riches). S’il faut 120% de garantie financière et deux exercices annuels bénéficiaires pour bénéficier d’une ligne de crédit, il est clair que l’esprit d’entreprise est fondamentalement restreint.
D’autre part, la mondialisation des marchés financiers a accentué la difficulté - intrinsèque au système capitaliste en fait - de trouver des financements pour des projets dans l’économie réelle mais offrant des rendements potentiellement insuffisants au regard de placements financiers à caractère spéculatif. Un rendement de 5% pour un placement dans une PME genevoise est très mal considéré (le banquier qui le propose à ses clients ne fera certainement pas de vieux os dans la plupart des établissements bancaires genevois...), alors qu’un placement « sûr » à 10% ou 15% sur des marchés financiers est devenu la norme... Comme avec ce cher - très cher ! - Monsieur Madoff...
Ce souci de rendement est d’ailleurs également une des causes de l’explosion des prix dans l’immobilier, des loyers donc. Les entreprises qui ne sont pas basées sur un modèle économique offrant des marges importantes sont pénalisées, voire exclues du marché immobilier, en particulier à Genève, d’autant plus que les garanties à fournir pour ces loyers sont tout simplement indécentes.
Aujourd’hui - et le sauvetage des banques en est l’illustration parfaite - la logique du système économique néolibéral se préoccupe davantage de la propriété et du rendement que de l’entreprise active dans l’économie réelle, de l’entrepreneur et de ses collaborateurs. Ce n’est pas acceptable. Nous devons redonner du pouvoir à celles et ceux qui entreprennent. Et qui travaillent.
Roger Deneys